J’ai rencontré Alex Mahieu il y a plus
de dix ans maintenant. A l’époque il photographiait des idoles
de jeunes filles pour des magazines destinés aux coeurs tendres.
Je dessinais alors des vêtements qui étaient griffés
de mon prénom, et il m’a gentiment proposé ses services.
Je me suis montré méfiant car je n’ai pas de sympathie particulière
pour les photographes. J’ai toujours été agacé par
leur propension à vouloir imposer leurs fantasmes qui bien sûr
ne concordent en rien aux miens. Il m’était arrivé de faire
confiance. En vain.
Le premier cliché que j’ai réalisé
avec Alex était celui de ma petite soeur allongée dans son
lit d’adolescente avec une petite chemise à col claudine bleue
ciel. Il l’a photographié de dessus. C’était très
simple. Mais lorsque l’image s’est révélée, elle
paraissait d’une évidence troublante. Dans le regard d’Olivia se
lisait son innocence et tout ce qu’on n’ose avouer à cet âge.
Il a su capter ce dont je voulais parler.
Alex a photographié mes souvenirs et
je n’ai plus jamais accordé ma confiance à qui que ce soit
d’autre. J’ai confié à Alex ma famille, mes proches, ceux
que j’aimais. Et avec le temps s’est dessiné un album que le temps
ne semble pas jaunir.
Alex Mahieu n’impose rien. Il laisse à
chacun le choix d’être ce qu’il souhaite. Il a ce talent la. Celui
de mettre en lumière, en cadre, en espace ce que chacun a construit
de soi. L’image n’est jamais aussi claire que lorsque le protagoniste
sait qui il est. Alex a l’élégance de distinguer ses sujets
de ses fantasmes. Il ne cherche pas non plus à obtenir, à
voler. Il n’a pas cette prétention là. Il n’en a pas besoin.
Je ne sais pas si Alex est un bon photographe
ni à quoi on juge cela. Toutefois je sais qu’il a le don de la
lumière.
Cette capacité rare et précieuse de pouvoir jouer avec ce
qui ne se saisit pas. Alex éclaire, révèle. Alex
Mahieu a ce divin talent la.
David von Grafenberg